Il est 5 heures, Paris sommeille

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J’ai mal dormi. Comme toutes les nuits. J’habite à Paris,  centre. 

Dans un courrier récent de Madame la Maire de Paris,  je lis qu’il est important que les Parisiens aiment leur ville et n’hésitent pas à s’engager « dans le cadre du budget participatif » et à « accompagner la mise en oeuvre des grands projets parisiens », citant notamment le projet de la « végétalisation urbaine » (financé à hauteur de 2 millions d’euros). Comme je suis d’humeur maussade à force de ne pas dormir suffisamment, je ne résiste pas à la tentation d’aller sur le site de la Mairie de Paris et je lis cette phrase « d’accroche » de Madame Hidalgo : « Je fais confiance aux Parisiens : cette ville qu’ils connaissent mieux que quiconque, je veux qu’ils nous aident à la façonner, à la faire grandir. » 

Le Budget Participatif est une grande opération de communication organisée par la Mairie de Paris depuis 2014, qui propose aux Parisiens de voter « pour améliorer (leur) cadre de vie » « pour les projets  qui feront le Paris de demain ». Il me revient à l’esprit des projets qui m’avaient fait bondir en 2014 (je ne dormais déjà plus, à l’époque), avec entre autres propositions, le projet d’installation de jeux de société dans les parcs (3,6 millions d’euros)  ou à « Rendre la rue aux enfants » (1,5 millions d’euros). Mais après tout pourquoi pas,  dès lors que les besoins vitaux sont assurés, développer des projets visant à embellir certains quartiers, ou à s’offrir le luxe de végétaliser des façades… Admettons.  

Or, il se trouve en ce qui me concerne, nous concerne, nous,  ces Parisiens, petits et grands, qui ne dormons plus depuis…(depuis combien de temps, déjà ?), le projet auquel nous aimerions participer, profitant de cette « confiance » qui nous est accordée par la Mairie de Paris pour  « faire grandir » la ville, ce serait DORMIR. Oui, voilà. Améliorer mon cadre de vie, ce serait juste pouvoir dormir. 

Après des semaines, des mois (des années, donc) en manque de sommeil, votre  serviteur a donc décidé aujourd’hui,  de vous faire le récit d’une semaine type des nuits des Parisiens, pour tenter d’apporter une réponse à cette demande d’investissement personnel faite par la municipalité. 

Oui, mais voilà. Communiquer sur Paris oblige à se confronter aux clichés festifs et culturels qui font l’aura de la capitale, et en cas d’expression d’un désaccord,  à passer pour de terribles rabat-joie.  Madame la Maire de Paris elle-même, sur les réseaux sociaux, utilise généreusement les hashtags à la gloire de la capitale, #ParisWeLoveYou, #RéinventerParis, et autre #Lifestyle, susceptibles de prouver combien habiter Paris est une chance. Certes. Peu de Parisiens se livreront à l’exercice contraire, tant nous reconnaissons tous l’immense bonheur qui est le nôtre d’arpenter cette merveille au quotidien.

Du coup, même les difficultés du vivre à Paris semblent devoir porter le masque édulcoré de la ville magique. Le manque de sommeil nous fait intégrer la très hype #teaminsomnie. Ça en deviendrait presque #glamour, cet #instamood participatif. 

Malheureusement, et avec tout le respect que je dois à Madame Hidalgo et consorts,  la réalité du sommeil à Paris n’est pas glamour, non, vraiment pas, et force est de constater qu’aucune réponse efficace, participative, chiffrée, n’est apportée aux multiples demandes de riverains en souffrance : 

 Dimanche soir. Je me couche de bonne heure pour bien commencer la semaine.   

  • 23h30 Je dors. Je dormais. Les bus passent jusqu’à 1h sous mes fenêtres, avec leur petit relâchement de pression, là, qui  fait louper la moitié des dialogues lorsqu’on  regarde la télévision. Bon, ça continue une fois les lumières éteintes, et le miracle des bus silencieux pour le respect des Parisiens et la lutte contre la pollution, je l’attends toujours. Je suis comme les gens dehors, j’attends le bus.
  • Les gens ont fait la bringue tout le week-end, ils sont rentrés chez eux, demain il y a école. Normalement, le reste de la nuit devrait être calme.
  • 3h Ah non ! Il y a les touristes. C’est de l’allemand, ça ? Non, du néerlandais ! Ah, eux  sont espagnols. Ou italiens ? Des chanteurs d’opéra !! Dans ma rue, quelle chance !!…
  • 4h30 Premières livraisons. Eh oui,  les  camions ont désormais l’autorisation de livrer de 22h à 7h. Avant, c’était l’inverse, de 7h à 22H. Officiellement, ça pollue moins,  c’est mieux, pour les Parisiens…. Officieusement ça fait plus joli dans la journée, moins de gros camions dans Paris. En réalité, ça fait beaucoup, beaucoup de bruit à l’heure où l’on devrait dormir, enfants comme parents. Bref. Il y en a deux ou trois qui se tirent la bourre (pardon, qui se disputent une place pour se garer, vu qu’il n’y en a plus, de places, entre Vélib et Autolib… ce sujet fera sans doute l’objet d’une autre chronique,  stay tuned…) dans la rue (respect des riverains, mon œil !), les chauffeurs se saluent/s’engueulent/écoutent les infos très fort à la radio. Pour un peu on se croirait à Rungis. Le hayon du camion est automatique/ou pas. Il est lourd. Du coup quand il est lâché sur le sol, parce que oui, il est lâché, en plus du bruit résonnant du métal, les murs des immeubles tremblent. Après, il faut descendre les palettes. Après, il faut décharger les cageots/cartons/colis. Puis il faut les rouler jusqu’au point de livraison restau/pharmacie/pâtissier. Les trottoirs vibrent sous les diables et les chariots.
  • 5h15 Ah tiens, le métro a repris. Ça gronde. Si l’on avait pas été réveillé(s) par les livraisons, il passerait inaperçu, ceci dit.
  • 6h15 Ah tiens, les éboueurs. Pas contents ce matin, dis-donc. 

Putain. (Pardon, c’est la fatigue) Dans trois-quarts heure, je me lève ; petit-déj., école, métro, boulot. Semaine. L’autre connasse va encore me faire une réflexion. 

  • 6h25 « Mamannnnn !!! Y’a du bruit qui m’a réveillée !! »
  • Câlin, doudou, bisou. 
  • 6h40 Voilà voilà… Nan. Toujours pas rendormie…
  • 7h Le réveil sonne.  Café/lait/tartines au radar.
  • 7h30 « réveille-toi, mon cœur, c’est l’heure. »

Lundi/mardi

La journée a été difficile. Quand on n’a pas assez dormi, on supporte moins bien les autres, dans le métro, au bureau, à l’école. Et on est que lundi. C’est de là que vient l’expression « comme un lundi ». Ah non ? Ah bon. 

  • Toute la soirée, le bar en bas de chez moi ne désemplit pas. Même en semaine.  De petits groupes sortent tour à tour, un verre à la main, pour fumer une cigarette, discuter, partager, rire. C’est très festif, forcément. Pour eux. 
  • 2h Sortie des bars. Oui, c’est l’heure de la fermeture des bars, c’est la loi. À cette heure, le côté convivial a laissé la place au trivial. Ils ont picolé, se sont bien marrés, ou engueulés, ils trouvent que la vie vaut finalement la peine d’être vécue, ou n’en peuvent plus de leur gonzesse/ mec/potes. Du coup ils veulent nous faire profiter de leur joie/colère/envie de gerber/crise de nerfs/talents de chanteur. Ils arpentent les rues du centre de la capitale, 1. Pour dessaouler  2. Parce qu’il n’y a plus de métro  3. Les deux à la fois 4. Parce que Paris, la nuit, « C’EST MAGNIFIQUE » !!  Le son monte, c’est bien connu. J’ai l’impression d’être avec eux, dans la rue. Sauf que je n’ai pas bu, c’est moins drôle. Ça nous fait du deux fois réveillée, déjà (ben oui les bus, etc…), il est à peine 2h30. Mais bon, pas de panique, il reste presque cinq heures pour dormir. On est laaaarge…. Mais voilà que mon stress de la journée de travail trouve une brèche dans mon armure et réapparaît, alors qu’il y a trois heures à peine, je pensais que tout ça n’était peut-être pas si grave. Ça nous amène à 3h, 3h30. Là, allez savoir pourquoi, j’attaque sur les angoisses que j’ai eues ces derniers jours. Tous ces impôts à payer. De fil en aiguille, c’est toute ma vie qui défile, pendant une heure. Ce n’est pas le moment le mieux choisi pour une introspection, mais trop tard, c’est fait. Le top du #glamour, je vous jure…. 
  • 5h Livraisons. Il y a un type qui décharge son camion, mais visiblement, il a un problème avec sa porte. Il tape avec un marteau, il jette des trucs au fond.  Métalliques. Des tuyaux ? Des pelles ? Bref.
  • 6h Les éboueurs ont aussi un problème. Ils restent à la même place un moment. Ils bloquent le passage à un camion, qui klaxonne. 

Mardi/mercredi 

  • À 22h30, je vais me coucher. Pour récupérer. Tenter de récupérer.
  • 4h30  Y’a deux meufs qui s’engueulent. Sous mes fenêtres.  L’une est en pleine crise d’hystérie. Je ne sais pas ce qu’elle a bu ou pris, mais ça devait être costaud. Elle répète en boucle, en tapant sur le toit d’une voiture « Rien à foutre, rien à foutre !! », en alternance avec « Va te faire foutre, nan, va te faire foutre !! ». Elle a du vocabulaire. Par moments, elle monte dans les aigus dans un long cri, au paroxysme de la rancoeur, sûrement. Elle en veut beaucoup à l’autre, qui tente en vain de la calmer, elle parle moins fort, je suis tentée d’écouter ses arguments. Limite.

Avant, il y avait des commissariats de quartier, et même des antennes de police. Ça n’a l’air de rien, comme ça,  mais les gens se permettaient moins de hurler à tout va pendant la nuit, sinon les Collègues mettaient le pied dehors, et hop, ça calmait tout le monde. Mais ça… c’était avant. (#lol) Pour faire des économies, on les a supprimés, créé de grands commissariats excentrés, il faut un quart d’heure à une patrouille pour débarquer en voiture, à compter de la prise en charge ; ça  coûte une heure  de sommeil, sans parler de l’adrénaline (on appelle jamais la police sans conscience, quand on est normalement constitué), et rajoute une bonne heure d’énervement (#teaminsomnie). J’essaie plutôt, comme d’habitude, (je n’ai plus rien à perdre, à ce stade, niveau du #glamour) de me coincer dans les oreilles ces choses affreuses et jaunes censées étouffer les bruits environnants… En réalité, en plus de me les chauffer (les orifices), elles sont totalement perméables (mon pharmacien m’aurait menti ??) aux décibels et surtout aux aigus, qui nous préoccupent à cette heure. Je les envoie bouler,c’est le cas de le dire, de l’autre côté de la pièce en jurant. 

  • 5h Mon voisin du dessous râle. Hurle. Apparemment, il est réveillé, lui aussi. « Elle va pas se taire, cette connasse ?! ». Je n’ai pas  entendu exactement ses propos, mais je pense pareil. La connasse en question continue. Rien ne l’arrête. « Rien à foutre » Le respect des autres, connaît pas.  
  • 6h Elles se tirent (les filles), v’là les éboueurs.
  • Je passe une nouvelle journée de merde. (pardon)

Mercredi soir, déjà trois nouvelles nuits sans dormir, je suis une loque. En plus je suis une femme,  donc, le mercredi, il y a  activités : piscine/conservatoire/danse/judo/karaté/what else. Tout l’après-midi. Oui, ce cas de figure est prédominant surtout si vous êtes une femme. Cette légende urbaine qui veut que les hommes aient désormais investi la vie de famille au point de se coltiner les aller-retour aux sacro-saintes activités des enfants sans lesquelles ils pourraient plus tard devenir des asociaux/incapables/schizophrènes/isolés est un tant soi peu utopique, à quelques exceptions près, évidemment. Plus les devoirs. La douche. Le lavage des cheveux. Le démêlage. Les cris. Dans l’immeuble, ils doivent croire que je bats mon enfant. Nan, je lui démêle les cheveux. Un par un. Mais je m’égare. La fatigue, sans doute, me fait aborder cet autre thème qui semble peut-être inopportun, alors qu’en réalité, mis bout à bout, tous ces éléments sont les maillons de la chaîne des conditions de vie à Paris. 

Je m’énerve pour un rien. J’ai  l’impression d’être devenue quelqu’un de très pénible, alors que normalement, non (Mais non !). Je prépare des restes pour le dîner, vraiment pas le courage de cuisiner. Je me dis, « Cette nuit, ils peuvent s’immoler sous mes fenêtres, j’entendrai rien. » Tu parles.

  • 2h Le voisin de l’immeuble d’en face fait une fête. Oui oui, en pleine semaine. C’est un artiste, il n’a pas le même emploi du temps, et pas d’enfant. Ils sont quarante si ça s’trouve. C’est très rock. Ou pas. Ça crie, ça chante. Vu l’étroitesse de la rue, ses fenêtres sont à huit mètres des miennes. Et grandes ouvertes. Toute sa discographie y passe. Moi aussi, avant, j’aimais ça. Mais là tout de suite, nan. J’hésite à aller sonner chez lui, jusqu’à 4h. Ils vont se coucher.
  • 5h Ah, la livraison du restau d’en bas arrive. Du lourd. Les cuisines ouvrent à 11h, mais bon. Au fait, y’a plus rien dans le frigo, ce soir je passe chez Monop’.    
  • « Maman !!!!! »
  • 6h Éboueurs. 

Jeudi/Vendredi. J’suis crevée, moi. Non, je n’ai pas terminé le dossier pour demain. Oui, je vais le faire. Comment ça chez moi ce soir ?

Ben oui, Docteur, j’suis pâle. Je manque de tension ? Si je dors bien ? Heu… Depuis combien de temps une bonne nuit complète ? Heu…

Ça m’embête parce que je dois rendre impérativement un dossier demain… Bon, ok, je vais faire du home-office.

  • 1h30 Les pompiers. Sirène. Un type de l’immeuble d’à côté a des envies de suicide. Peut-être qu’il  manque de sommeil.  Ils sont venus avec le gros camion, la grande échelle, tout. Ça ronronne (façon de parler) sous les fenêtres pendant un bon quart d’heure. Apparemment il va mieux. Ils sont doués, ces pompiers. Ils remontent dans le camion et repartent. 2h.
  • 2h30/4h/5h15 Les flics. Toutes sirènes hurlantes. Comme toutes les nuits. Ben oui. Il y a des Parisiens qui craquent et qui les appellent. Et puis l’alcool, la vie dans la rue, ces vies par dizaines qui alignent leur sac de couchage le soir, sur des cartons, en plein coeur de la ville magique (ce sujet fera sans doute l’objet d’une autre chronique, stay tuned…). Les voitures de police ont les girophares qui tournoient dans la nuit, visibles à 500 mètres, mais dans le doute, sirènes. Notez bien qu’on a rien contre la police, hein. Ni les pompiers. On apprécie leur dévouement quotidien, surtout en ces temps troublés. Mais bon, les sirènes la nuit, quoi ! (Notez bien)
  • Je me suis retournée 142 fois dans mon lit. Ma vie, tout ça….
  • 3h30 Un véhicule laisse tourner son moteur ; bruits de ferraille répétés ;  au bout d’une demi-heure, je me lève pour voir qui ose démonter un échafaudage, là, tout de suite.  Ah tiens, c’est la maintenance de la station Vélib ; le gars charge un à un les cinquante vélos sur la plate-forme ; bruits de chaînes, de métal (oui, le Vélib est lourd) des vélos portés à bout de bras. Pendant une bonne heure. De 3h30 à 4h30 du mat’.  Déjà, je n’aimais pas les Vélib (ce sujet fera sans doute l’objet d’une autre chronique,  stay tuned…). Maintenant, je plains le gars de la Ville de Paris, et je n’aime plus personne, plus rien, du tout. 
  • 5h Livraisons….
  • 6h Éboueurs. Je m’ interroge sur les raisons pour lesquelles les éboueurs passent à l’aube, alors que dans d’autres quartiers tout aussi touristiques ils passent le soir, entre 18H et 20H. Mystère. Pas de bol.  
  • 6h15 « la Ville de Paris nettoie les trottoirs pour votre confort ». LA seule fois de la quinzaine, question d’économies, sans doute… ; les brosses rotatives, le jet à haute pression, le moteur à plein tubes, et oui, à 6h15. (…  stay tuned…). 
  • 7h30  L’alarme de secours de mon téléphone. Des cloches. Même morte, ça  me réveillerait. Heureusement car vu mon niveau de fatigue, je suis quasi en état de mort cérébrale. Ouf. Je rampe jusqu’à la cuisine. Casse un bol qui m’ a échappé des mains. Y’a du Nesquick partout. On va être en retard.
  • 8h15 Dehors, bizarrement,  y’a plus un bruit. 
  • Le médecin m’ a arrêtée pour huit jours. J’ai 9 de tension. Je me dis : « en revenant de l’école, je me recouche ». Que nenni. Y’a des travaux dans la rue. Marteau-piqueur et tout. Je croise la voisine du premier qui part travailler la tête en chou-fleur, comme moi. Elle non plus n’a pas dormi. Elle ne s’étonne même plus. « Maintenant, je dors sur le canapé, comme ça quand je suis réveillée et que je n’arrive pas à me rendormir, j’allume la télé, ça m’évite de ressasser mes problèmes en pleine nuit ». Ah oui, elle est belle la #teaminsomnie...

Vendredi. C’est le week-end, ce soir !! Fêtes/bringues/bars/ivresse/joie/bonheur/ruptures/cris/chants/basses/percussions….. Puissance 10 

Samedi. Grasse mat ? Matin calme ? Non. 

  • 5h 6h Livraisons/éboueurs. On ne change pas une formule qui gagne.
  • 9h La voisine du dessus passe l’aspirateur en écoutant de l’opéra. L’engueulade avec son fils hier soir à minuit et son rap en boucle (3 mesures/7 notes/3 heures) l’ont visiblement empêchée de dormir. Comme nous, quoi. Elle passe ses nerfs sur l’aspi. Les chaises, les meubles, y’en a des trucs à bouger chez eux…
  • 15h « – Tu n’appelles pas la police, dans ces cas-là ? Qu’est-ce que tu as mauvaise mine ! » me dit une amie de passage à Paris. « Je ne sais pas comment vous faites pour supporter ça, cette nuit je n’ai pas fermé l’œil, ma chambre d’hôtel donnait sur la rue, c’est vrai que c’est épouvantable. »

« – Ça m’arrive (oui, à moi aussi) d’appeler la police. Mais comme ils se pointent avec sirènes et tutti quanti, le mec a largement le temps de baisser le son ; avec ça ils me sonnent à l’interphone pour que je leur ouvre la porte d’entrée de l’immeuble, je suis repérée en 2 secondes, et après, j’ai droit aux représailles. « La voisine doit être une mal-baisée, pour être dérangée par les bruits. Chacun est libre de faire ce qu’il veut chez soi, c’est ça la liberté non ? »  Ok. (d’accord avec le deuxième argument, pas le premier, hein…Faudrait pas que ça fâche Jean-Paul, en plus) Voui. Mais trois mesures de rap passées à fond en écoute obsessionnelle pendant des heures au-dessus de mon paddock, je me demande si ça n’entre pas dans la formule « s’arrête là où commence celle des autres »… Et puis si j’appelais la police à chaque fois qu’il y a du bruit la nuit, de un  je ne dormirais plus du tout, de deux  je pense que les flics m’offriraient une place en HP pour le restant de mes jours. »

  • 22H C’est encore le week-end !! Fêtes/bringues/bars/ivresse/joie/bonheur/ruptures/cris/chants/basses/percussions….

Dimanche. Quoi ? C’est déjà dimanche soir ?? 


Il est important de souligner que mon propos ne porte aucune considération politique, que je ne connais pas celles de mes voisins, mais qu’il est bien possible, voire évident, qu’elles n’interviennent en aucun cas dans leurs difficultés quotidiennes à dormir.

De nombreuses associations se sont déjà créées dans Paris pour se plaindre des nuisances sonores. Apparemment, elles ne sont pas entendues. À part cette ridicule proposition de clowns qui arpenteraient les rues pour faire taire les fêtards (franchement…), rien n’a été fait pour palier ces difficultés diverses et récurrentes. « Les Parisiens quittent Paris », dit-on ici et là dans des reportages. Rien d’étonnant, quand on ajoute aux nuisances sonores le prix des loyers et des produits alimentaires dans les commerces intra-muros, on se dit qu’il faudrait être de riches retraités sourdingues sans impératifs d’horaires pour supporter ça, depuis la chambre d’ un hôtel particulier éloigné de la rue, et encore.

Si l’on comprend aisément qu’il soit beaucoup plus facile, en tant qu’élu(e) ou décideur, de mettre l’accent sur des projets visant à embellir l’image positive de la vie parisienne plutôt qu’à la démolir, c’est tout de même accorder bien peu de légitimité à ceux qui y participent, au sens propre, tant par leur consommation locale que par leur activité citoyenne,  en payant la taxe d’habitation par exemple, que d’ignorer leurs problèmes, et même remplacer des réponses à leurs revendications par des propositions ou des décisions qui n’y apportent aucune amélioration. Au contraire. Qu’on ne puisse pas faire grand-chose en ce qui concerne les fêtards divers et variés, je veux bien l’admettre, surtout maintenant que les commissariats sont excentrés, mais quid des livraisons à longueurs de nuits, qui précèdent le passage des éboueurs ??

Alors oui, Paris est sans doute la plus belle ville du monde, qu’on soit touriste ou Parisien, et on veut bien participer à tout ce que vous voudrez (encore que) mais avant…. Avant de penser à voter pour le projet de « végétalisation urbaine »…comment vous dire… Il nous faut accéder à ce droit primaire de tout être humain et dont l’absence a des conséquences tout aussi délétères  sur la santé que la pollution : le sommeil. LE SOMMEIL.  

PS : #ParisJeTAime


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